Conte de la graine oubliée...
- 30 avr.
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Dernière mise à jour : 1 mai

Cher monsieur,
Je me permets de vous adresser ce gentil conte car je ne sais pas quelle est votre marque de champagne préférée : autrement, il va sans dire, je vous aurais fait livrer ces bulles tant appréciées afin que vous puissiez jouir de l’extraordinaire vue de votre maison que vous m’avez décrite alors que je m’apprêtais, naïvement, à conclure la vente d’un certain véhicule, qui, pour ne pas le nommer portera pour l’occasion le doux petit nom de Kinou ; ce conte, donc, en lieu et place de bulles à siroter face à la vue imprenable sur les Pyrénées puisque vous avez fait là l’affaire du siècle, qu’en dites-vous ?…
Conte de la graine oubliée
« (…) Il était une fois, à une époque fort ancienne et sur une terre qui n’avait jamais vu croître le moindre buisson tant elle était aride, sèche et assoiffée – c’est qu’il n’était pas tombé la moindre goutte du ciel depuis des vies d’hommes entières et toutes les formes de vie avaient séché, attendant la pluie pour revivre – une graine oubliée qui poursuivait ses espoirs de devenir un buisson. Pour cela, elle le savait de toutes les vieilles graines qui avant elle avaient existé : celles qui avaient connu l’abondance en eau, celles qui avaient survécu à sa disparition, à la sécheresse et au désert ; elle le savait de source sûre, la pluie tomberait à nouveau et, enfin, elle germerait !
En attendant, notre petite graine, pour ne pas s’ennuyer, se laissait aller à de douces rêveries sur ce qu’elle ferait, une fois dehors.
Comme elle vénèrerait le soleil dès son lever car il lui permettrait de se développer, comme elle adorerait la pluie qui lui fournirait tout ce dont elle avait besoin, comme il serait merveilleux de laisser ses branches virevolter dans le vent, etc., etc., etc. Notre petite graine oubliée était très heureuse à imaginer tout cela et ce bonheur lui permettait de gagner en patience : jour après jour et sans la moindre goutte de pluie…
Enfin, un beau matin de printemps oublié qui n’avait pas vu pousser la moindre graine depuis tant d’années, de gros nuages gonflés d’eau se présentèrent, s’accumulèrent et finirent par se fendre laissant des milliards de gouttelettes se répandre sur le sol qui, d’abord surpris et trop sec pour recueillir cette eau finit par apprécier son retour. Notre petite graine oubliée, bien au fond, finit elle aussi par recevoir cette eau salutaire et l’absorba si facilement qu’elle n’en revenait pas elle-même de toutes ses aptitudes retrouvées ! Ainsi, chaque rêverie de notre petite graine prit vie et elle adora chaque rayon de soleil, chaque pluie, chaque coup de vent ! Elle poussa, poussa et poussa encore jusqu’à devenir un beau buisson charnu, vert et prêt à recevoir en ses branches un nid d’oiseaux, des fourmis et leurs élevages de pucerons, des chenilles ou des serpents enroulés à ses pieds, tout simplement…
Mais la pluie cessa brutalement de tomber, à nouveau et la vie de notre buisson et de toutes celles et ceux qu’il s’apprêtait à recevoir en ses branches ou à ses pieds ne se développa pas. Seule une petite graine fut oubliée, à nouveau : pleine d’espoir à l’idée que la pluie reviendrait et si forte de la mémoire de toutes les graines oubliées tout comme elle d’abord et pleine de vie ensuite. (...) »
Ne cherchez ni parabole, ni morale à ce petit conte, cher monsieur, sachez simplement et en toute cordialité que de cette vente qui a fait un heureux au moins (je vous passe les détails concernant le devis des réparations à faire, déjà, ainsi que le montant des factures qui augmentent vite : point de ça sur le site qui sert de vitrine à mes desseins, ce serait une hérésie!) naîtra probablement un projet tant de fois avorté, asséché et malgré tout plein d’espoir en l’avenir car Kinou roule, c’est une chance, et il servira à faire pousser toute une biodiversité, je vous le promets. J’espère, ainsi, que vous ne m’en voudrez pas de faire impasse sur le champagne et de réserver ce petit billet à cette affaire sans importance…
Bien à vous !


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